Biographie de Jacques Brel (3ème partie) : 1972 Deux petites gouttes d’eau
2ème partie de la biographie de Jacques Brel
En août 1960, Jacques Brel fait connaissance de l’accordéoniste Jean Corti. Le courant passe si bien que ce dernier va rejoindre les musiciens qui accompagnent Brel.
Désormais il y aura un accordéon pour traîner sa plainte ou placer trois mesures de gaieté dans son univers. Jean Corti accompagnera Jacques pratiquement jusqu’à l’arrêt de ses tours de chant en 1966.
Puis en février 1961, toute la bande se retrouve en studio pour enregistrer le cinquième album 33 tours. Ce dernier est une parfaite réussite et contient nombre de chansons majeures : Marieke, Le moribond, On n’oublie rien…
Brel entre de plein pied dans sa maturité. Celle de l’artiste mais aussi celle de l’homme. Les tours de chant s’enchaînent à une vitesse folles : 250 à trois cents concerts, cent mille kilomètres par an.
Ce rythme fou l’empêche d’écrire autant qu’il le souhaiterait. Alors, pour se ménager, il achète une maison à Roquebrune, les pieds dans l’eau. C’est là qu’il s’initiera à la voile.
Les 27,28 et 29 octobre 1961 Brel est à l’Olympia. Le spectacle est enregistré et fera l’objet d’un sixième 33 tours. Le dernier chez Philips.
Jacques Brel signe chez Barclay
L’arrivée de Johnny Hallyday chez Philips ayant entraîné la démission de Jacques Canetti.
Brel n’a que faire de travailler avec « de vulgaires marchands sordides ». Jacques Brel quitte, non sans mal, Philips, et signe chez Barclay.
Enregistré en mars 1962, le nouvel album est au format 30cm avec 12 chansons. Les six nouvelles chansons que Jacques avait chantées à l’Olympia, mieux arrangées ainsi que 6 nouvelles dont le sublime Le plat pays.
Malgré le nombre invraisemblable de spectacles qu’il donne ( 327 en 1962) Jacques Brel est très créatif. En mars 63, il est en vedette à l’Olympia avec 8 nouvelles chansons. En avril 1963 paraît « les bigotes » avec, à nouveau des chefs d’œuvre : Les bigotes, Les vieux et surtout « La Fanette».
En mai 1963, Isabelle Aubret est victime d’un terrible accident de voiture, on ne sait pas si elle pourra chanter à nouveau. Jacques Brel lui abandonne intégralement les droits d’auteurs et d’édition de « La Fanette ». Un cadeau princier, sans s’en vanter auprès de quiconque. De même quelques années plus tard, Brel offrira les droits de « L’enfance » à son ami Lino Ventura pour sa fondation Perce-Neige. Tout aussi confidentiellement.
Amsterdam : l’explosion
L’année 1964 commence mal pour Brel. Son père meurt le jour où il enregistre « Le dernier repas » pour le disque « Mathilde », un 25 cm 8 titres.
Jacques parle de plus en plus de s’arrêter mais il est à nouveau encore sur les routes et les nuits se prolongent fort tard dans les bars.
En octobre, il est à nouveau à l’Olympia. En troisième position, il a prévu une chanson qui n’est réellement terminée que depuis quelques jours : « Amsterdam« . Jean-Michel Boris se souvient:
« Ce jour-là, j’ai vu une salle entière qui venait de recevoir un uppercut en pleine figure. Il y a eu un moment de véritable stupéfaction. Le silence, pendant un court instant, et ensuite l’explosion. Un public pris de folie : les gens étaient debout, hurlant, piétinant, réclamant un bis.
C’était fabuleux… ».
Le disque tiré du concert reçoit le prix Francis Carco de l’Académie du disque français.
Jacques Brel ne s’implique d’habitude pas directement dans le combat politique.
Cependant le 28 ars 1964 il participe à une grande manifestation antiatomique à Bruxelles. Il y entonne même « Les bourgeois », refrain immédiatement repris en chœur par la foule.
En outre, il réussit le tour de force de chanter successivement en URSS et aux Etats-Unis d’Amérique du nord.
Ensuite, en 1965 Brel enregistre son ultime album 25 cm qui constitue l’un des temps les plus forts de sa discographie.
Jacques Brel à la recherche d’une nouvelle vie
En fait, l’ambiance avec ses musiciens a changé. Une cour s’est formée autour de Jacques Brel qui maintenant ne mange plus à la même table qu’eux après les concerts. Ce dernier est maintenant enfermé dans un statut de star inaccessible.
Cependant il accepte toujours de multiplier les galas gratuits C’est pour lui l’occasion de rencontrer des gens extérieurs au show business, fenêtres ouvertes sur le monde et ses réalités.
En fin de compte, en cette fin d’année 1965, après le triomphe à l’Olympia de 64, Jacques Brel n’a plus d’étapes à franchir. Il lui faut trouver de nouveaux objectifs :
« Le temps de la découverte et de l’aventure physique est terminé. Alors je crois que l’aventure, maintenant, est dans la modification du style de vie ».
Finalement, à l’été 1966, au Casino de Vittel, Jacques Brel annonce la nouvelle : « C’est fini ! Je quitte la scène…».
Il a pris des engagements qui courent sur toute l’année, il les tiendra. Ceux-ci le mènent une dernière fois au Maroc, en Angleterre, en Belgique et au Canada.
Brel ajoutera un ultime tour à l’Olympia, lieu où il a franchi toutes les étapes importantes de sa carrière.
Enfin le 30 décembre, Jacques Brel est en studio pour l’enregistrement d’un album, le douzième, dont les chansons sont prêtes.
Pressé et distribué à une allure record, le disque sera en vente le 23 janvier. Barclay bat le fer quand il est chaud et profite de l’engouement médiatique autour des adieux de Brel.
Au verso, une photo montre Jacques assis sur l’aile d’un petit avion, sa nouvelle passion.
Jacques Brel donnera son dernier concert au Colisée, un petit cinéma de Roubaix, le 16 mai 1967.
Jacques Brel, l’aventurier.
Brel voulait changer de vie. De fait, cinq jours après son dernier spectacle, il est sur le plateau de tournage du film « Les risques du métier » d’André Cayatte. Le sujet, un instituteur de village injustement accusé d’attouchements et de viols par plusieurs de ses élèves, l’a enthousiasmé. À sa sortie, le film est bien reçu par le public et la critique. Jacques Brel est reconnu comme un bon acteur.
Puis, en 1968, Jacques Brel jouera le rôle de « Raymond la Science » dans le film « La Bande à Bonnot » de Philippe Fourastié.
Le 13 mai 1968, Jacques et Jojo participent à la grande manifestation contre les violences policières de la nuit du 10 mai.
Puis, le 15, il est en studio pour l’enregistrement de son prochain album. Mais, le 17, il y a plus de deux millions de grévistes. Finalement, le 20, ils sont quatre millions et plus du double le lendemain. Les séances du disque sont donc remises à une date ultérieure.
L’album « Vesoul » paraît en octobre.
En outre, parallèlement au cinéma et à l’enregistrement de son disque, Jacques Brel travaille à un projet qui lui tient à cœur : l’adaptation et les répétitions de « L’homme de la Mancha » une comédie musicale qu’il a vue à New-York.
La première a lieu à Bruxelles le 4 octobre, l’accueil du public et de la critique sera vraiment triomphal. Joué en France « L’Homme de la Mancha » remporte un succès sans précédent dans l’histoire de la comédie musicale. La pièce s’arrête le 17 mai 1969. Deux ans après son dernier récital à Roubaix.
Jacques Brel pilote professionnel
Le 18 mai, Jacques Brel, bien qu’épuisé physiquement, suit des cours intensifs d’escrime et d’équitation. En effet, il doit jouer le rôle-titre du film d’Edouard Molinaro « Mon oncle Benjamin » (qui sera sa meilleure prestation au cinéma).
De plus, après le tournage, comme il vient de s’acheter un nouvel avion, Brel décide de passer son brevet de pilote professionnel. Le 17 avril 1970, Jacques Brel obtient sa licence PP-IFR. Le plus haut degré qu’un amateur puisse atteindre.
En juin, il est en Lozère pour le tournage de Mont-Dragon, son quatrième film en tant qu’interprète. Désormais, il se sent prêt à affronter le tournage de son propre film.
En juin 1971, il est en Flandres pour démarrer cette aventure, Franz. Le résultat est un film personnel et très attachant.
En 1971, la maison Barclay rencontre de sérieuses difficultés financières. Jacques Brel signe un contrat « à vie » avec son ami Eddie Barclay. De plus, il accepte de réenregistrer quelques-uns de ses vieux titres du catalogue Philips. L’album paraît à l’été 1972.
[ sources Grand Jacques de Marc Robine & Chorus n° 25]
Chansons de la 4ème partie : 1972 Deux petites gouttes d’eau : Le prochain amour
46:13 Jacques Brel : Le prochain amour : Jacques Brel : 1972
50:25 Hélène Martin : Liberté-femme : Hélène Martin : 1972
56:46 Nadine Joël : Monsieur Seguin : Maurice Fanon : 1972