La faute au pétrole : Le nucléaire est, en France, un sujet tabou. Dans le domaine militaire, il est considéré comme garant de l'indépendance nationale. En 1960, le général de Gaulle a bravé la communauté internationale avec ma première expérimentation française au Sahara alors que les autres pays occidentaux et l'URSS observaient un moratoire.
Le choix de la non violence marque la lutte antinucléaire qui a commencé contre l'armement atomique dans la gauche des années 1960. Puis elle reprend des couleurs après 1968 avec le refus du tout nucléaire.La première manifestation a lieu à Fessenheim en 1971 et rassemble quelques milliers de participants. Ils sont dix fois plus nombreux l'année suivante. Ainsi, chaque année, un rassemblement calme et silencieux se tient à Fessenheim.
En 1974, les travaux de terrassements sur le chantier du site nucléaire de Creys-Malville démarrent avant la clôture de l'enquête d'utilité publique. Les nucléairocrates sont très pressés !
1ère partie de la biographie de Jehan Jonas
En 1966, grâce à Jean Bourbon, Jehan est accueilli dans de nombreux cabarets parisiens, à la fois rive gauche et rive droite, devant des publics très différents d'un cabaret à l'autre. Ainsi, en juin 1966, sous l'étiquette « Disc'AZ », il enregistre son premier album 33 tours. La sortie du disque est célébrée le 22 octobre au cabaret "L'Écluse". Michel Simon et Suzy Chevet, organisatrice de nombreux galas de soutien au « Monde Libertaire » seront ses parrain et marraine. Jehan accepte toutes les demandes de participation au profit des causes humanitaires de Suzy.
De fait, trois chansons passent régulièrement à la radio, s'ensuivent aussi les galas d'étés dans les casinos. Mais Jehan Jonas se produit également dans des lieux plus modestes, particulièrement au nord-ouest du pays. Il vient souvent écouter les copains et n'hésite pas à passer derrière le bar pour donner un coup de main aux bénévoles des MJC. En outre, il continue à chanter dans les cabarets parisiens.
De nombreux articles de presse lui prédisent un avenir et une place importante, justifiée et légitime.En 1967, Jehan passe son examen de compositeur devant la Sacem. Il enregistre son 2ème album 33 tours « À la vie ». Il passe à l'émission de télévision Discorama de Denise Glaser. Cependant, il lui est toujours demandé d'interpréter « Le manège » belle chanson mélancolique, surtout garantie sans vague dans son répertoire de contestataire grinçant.
Dans les années 1968-1970 la vague yéyé s'installe et éloigne de la diffusion tous les artistes qui ne se considèrent pas comme des savonnettes. Des hommes d'affaires avisés avaient repéré un pouvoir d'achat chez la jeunesse, nouvelle classe sociale émergente. Ils vont l'exploiter en lui fournissant des idoles édulcorées et aguichantes (cf le podcast « La vague yéyé »). Jehan Jonas ressent l'âpre sentiment d'être arrivé au mauvais moment. Néanmoins, il refuse de nager dans la mélasse de la vague yéyé.
1968 voit la sortie de son 3ème album 33 tours « L'autre », mais la radio se fait plus distante et pour tout dire, rare, très rare… De fait, les directeurs des lieux de chanson, casinos, salles de spectacle, cèdent aux sirènes des nouveaux « produits formatés » qui inondent les ondes. Jehan en est réduit à refaire la tournée des Maisons de la Culture et des récitals dans les clubs de vacances. Cependant, le public l'y acclame et en redemande.
En 1969 et 1970 paraissent deux 45 tours : « L'album de famille » et « C'est que t'as vingt ans ».En septembre 1970, Lucien Morisse, celui qui fut un Pygmalion pour plusieurs artistes, se donne la mort. C'est une triple perte pour Jehan : l'ami, le professionnel, le soutien discret mais convaincu.
Ainsi, avec la disparition de Lucien Morisse, le silence radio pour les chansons de Jehan s'installe définitivement. La chanson « Pompi… que dalle ! », écrite en 1968, avait déplu souverainement à Jacques Chancel, pape du bon goût policé sur la radio du service public. Ce dernier avait alors qualifié Jehan de « jeune voyou » et l'avait déclaré « Persona non grata » à l'ORTF. Le message est bien reçu par les programmateurs serviles. L'interdit sera respecté sans mesure. La censure sera totale.
En 1972 paraît son 4ème et dernier album studio « L'étiquette » édité par la SFPP. Jehan y interprète sa chanson « Pompi… que dalle ! », ultime pied de nez aux censeurs de toutes sortes.En 1973 SFPP fait paraître un album de compilation « Tahiti » regroupant les deux 45 tours de 1969, agrémenté de trois inédits enregistrés à cette période : « Tahiti », « Un homme est mort au crépuscule » & « Plaidoyer pour un futur crétin ».
De fait, les disques de Jehan étant ignorés sur les ondes, les engagements de spectacles se raréfient encore davantage.
Jehan tente de rebondir malgré la censure : en 1974 et 1975 il crée deux spectacles : l'un « Le Pain des Fous » au Théâtre Daniel Sorano à Vincennes, l'autre « Ce soir… on récalcitre » au cabaret « La Pizza du marais », rue des Blancs Manteaux. Les deux spectacles sont bien accueillis mais, malheureusement, ne parviennent pas à soulever la chape de plomb de la censure.
Le spectacle « Ce soir… on récalcitre » du 23 mars 1975 sera enregistré et paraîtra sur cd en 2008, publié par l'Association « Second Souffle » de sa femme Laure Cousin.
Jamais Jehan ne se remettra de l'ostracisme outrancier dont il fut, comme tant d'autres, arbitrairement frappé avant d’être finalement ignoré. Jamais il ne se relèvera de l'injonction qui lui intimait rien moins que de rompre avec son unique passion : La Chanson.
Jehan décède le 29 avril 1980 d'une tumeur foudroyante au cerveau. Son décès passe quasiment inaperçu.
( source : « Une confiscation » de Laure Cousin ]
1966 Un 33 tours : Comme dirait Zazie (Disc'AZ)1967 Un 33 tours : À la vie (Disc'AZ)1968 Un 45 tours : Comme les autres & Un 33 tours : L'autre & Un 45 tours : L'album de famille (Disc'AZ)1970 Un 45 tours : Pont du Point-du-jour (Disc'AZ)1972 Un 33 tours : L'étiquette (SFP)1973 Un 33 tours : Tahiti ( compilations + 3 inédits 1969) (SFP)2003 Quatre cd : Intégrale + 20 inédits (Second souffle)2008 Un cd : Ce soir… on récalcitre (spectacle 1975) (Second souffle)2010 Un cd : Bavure (inédits) (Second souffle)
03:29 Gilles Servat : C'est la faute au pétrole : Gilles Servat : 197505:00 Jean Mauzac : Nucléaire de la lune : Jean Mauzac : 197507:22 Edmond Meunier : Écologiquement vôtre : Edmond Meunier - Gaby Verlor : 197611:20 Jehan Jonas : Je suis au paradis (*) : Jehan Jonas : 1975
(*) version retravaillée avec une suppression de la réverbération excessive dans l'enregistrement originel
Jehan Jonas Jehan Jonas Marc Vincent Marc Vincent - Hauts de SeineMarc Vincent, chantauteur français, naît à Morlaix (Finistère) en 1946. Ses parents étant musiciens, le petit Marc est donc, dès sa prime jeunesse, imprégné de musique ( piano, cornet à pistons & guitare). Un peu plus tard, ce sera le tour de la chanson : Georges Brassens, Félix Leclerc, Pierre Louki & Anne Sylvestre.
En 1965, il vient à Paris pour suivre les cours de la Fac des Sciences mais, parallèlement, il s'inscrit aux cours d'arts dramatiques de Julien Bertheau et aussi au Petit Conservatoire de Mireille. La Fac des Sciences est à deux pas des cabarets rive gauche, ces deux pas seront vite franchis… Marc Vincent ne tarde pas à se produire à L'Écluse, La Chanson Galande, Le Cheval d'Or, etc…
Marc Vincent est un chantauteur qui fait volontiers dans l'humour dont il use abondamment mais délicatement. Pince-sans-rire, il joue sur les mots avec imagination et pudeur.
En 1967, Marc est sélectionné pour participer à la Fine Fleur de la Chanson Française. Il terminera deuxième derrière Jacques Bertin. L'année suivante, il est finaliste des Relais de la Chanson Française.
Jean-François Jolivalt de la Voix du Nord postfacera son deuxième album de 1975 ainsi :
« Le timbre de sa voix est agréable, chaud et profond, de ces voix qui touchent l'âme et le cœur par la seule magie de leurs vibrations. Marc Vincent n'hésite pas à donner dans le style farfelu, hermétique ou absurde. Il badine, il sourit et ironise avec beaucoup de finesse sur les hommes et le monde. Cette ironie parfois grinçante nous touche au plus profond de nous-mêmes et nous émeut à l'instant où nous nous y attendions le moins ».
1969 Un 45 tours : Le chameau du Finistère (BAM)1971 Un album 33 tours : Opus 15 (BAM)1973 Un 45 tours : L'horoscope (Alvarès)1975 Un album 33 tours : Hauts de Seine (Merlin)1977 Un album 33 tours : Chansons pour toutes la famille (Merlin)1979 Un album 33 tours : De Charybde en Sheila (Merlin)1981 Un album 33 tours : La journée du petit Alexandre (Enfants) (Merlin)1983 Un album 33 tours : Le tube de l'été - vol. 7 (Merlin)1985 Un album 33 tours : Chanson d'un adolescent - vol. 1 (écrites entre 1960 et 1964) (Merlin)1987 Un album 33 tours : Au pays de Coralie - vol. 8 (Merlin)
17:16 Pierre Tisserand : Si l'on vivait comme autrefois : Pierre Tisserand : 197520:02 Marc Vincent : Hauts de Seine : Marc Vincent : 197522:14 Mass Devia : La triste ballade du tourisme : Mass Dévia - Traditionnel : 197524:48 Gérard Entremont : Août 1989 : Patrice Cramer : 1975
1ère partie de la biographie de François Béranger
Après le succès du premier 45 tours de François Béranger « Tranche de vie » en 1969, CBS lui fait enregistrer un album 33 tours « Une ville ». Béranger se souvient :
« La pochette de cet album est un collage de Martine Hussenot qui résume assez bien l'esprit de l'époque : Lénine statufié soutient d'un doigt nonchalant le logo de la multinationale CBS… À moins que le geste veuille dire : je vous l'ai bien mis. Des petites filles fraîches lessivent le socle de la statue, sous le regard d'un clown hilare et inquiétant. Devant elles, un tas de pavés qui n'attendent qu'à être lancés. Quelques fleurs y poussent. Plus loin, un CRS énorme charge un petit homme, tout seul sur le quai désert d'une gare de banlieue […]Avec ce premier 30cm je fais l'expérience désagréable de la façon dont les producteurs travaillent : vous donnez vos maquettes et quelques semaines plus tard on vous convoque au studio pour enregistrer la voix…Vous découvrez alors ce que sont devenues vos chansons, triturées par des arrangeurs inconnus - parfois de talent - mais avec qui aucun dialogue ne s'est jamais établi. Je me sens trahi par mon inexpérience ».
Néanmoins, ce premier album va trouver son public. Mais, pour le second album « Ça doit être bien », François, pour avoir une formule musicale cohérente, impose le groupe étasunien Mormos. Cependant l'inspiration et le son du groupe ont vingt ans d'avance, aussi le disque piétine commercialement. De plus Béranger veut tout comprendre du fonctionnement de la production, ce qui agace fortement CBS. Ainsi, c'est d'un commun accord qu'a lieu la séparation.Finalement, en 1972, François Béranger rejoint L'escargot-Sibécar, une petite société de production où il restera 10 ans et enregistrera 8 albums studio.
François Béranger est tétanisé à l'idée de monter sur scène mais la demande du public est de plus en plus pressante. Voilà ce qu'il en dit :
« Chanter devant des gens est la seule justification - s'il en faut une - de ce métier. Pratiquer la scène, c'est être confronté à la diversité permanente : aucun concert n'est semblable à un autre; aucun public n'est le même qu'hier. La décontraction, la confiance en soi, la faculté d'improviser viennent avec l'expérience.J'ai commencé raide comme un bout de bois, enchaînant mes chansons sans transition, sans présentation, aussi à l'aise qu'un ours sur un fil. Mais prudemment! Avec deux ou trois chansons d'abord. Puis un quart d'heure, une demi-heure, une heure.
Une façon progressive de vérifier que les gens ne s'emmerdent pas puisqu'ils en redemandent! Finalement, après trois ans d'expérimentation sur le tas, je mis au point mon standard de croisière : un spectacle de deux heures. L'ours bourré de trac des débuts découvrit que chanter est un plaisir physique. Le plaisir de donner de la voix. De se donner tout simplement ».
De plus, en 1973, Béranger rencontre Jean-Pierre Alarcen, guitariste génial, qui avait cependant l'intention d'arrêter le métier. Ses expériences passées l'avaient dégoûté du showbiz. Son projet était, alors, de faire des livraisons avec son camion (reliquat, avec la sono, d'un groupe qui n'avait pas marché). C'est un pur et dur, résolu à ne pas transiger avec l'idée qu'il a de la musique.
François Béranger commence alors son « ère électrique » avec Alarcen. Une centaine de concerts par an, festivals, fêtes politiques, galas de soutien. Béranger et son groupe sont partout.Onze personnes : ça coûte cher. Mais le prix modeste des places que Béranger impose est compensé par un public nombreux.Finalement, en 1978, après un mois de spectacles à l'Élysée-Montmartre et quelques concerts, le groupe Alarcen et François Béranger se séparent. Ils ont fait le tour de la question.
En 1975 paraît le 4ème album de Béranger « L'alternative »
[ source : Bio perso « Je suis né, je mourirai » ]
1969 Un 45 tours : Tranche de vie (Gémini)1970 Un 33 tours : Une ville (CBS)1971 Un 33 tours : Ça doit être bien (CBS)1973 Deux 45 tours : BOF L'An 01 & Tango de l'ennui (L'Escargot)1974 Deux 33 tours : Rachel & Le monde bouge & Un 45 tours : La fin des saisons (L'Escargot)1975 Un 33 tours : L'alternative (L'Escargot)1977 Double 33 tours : En public (L'Escargot)1978 Un 33 tours : Participe présent (L'Escargot)1979 Un 33 tours : Joue pas avec mes nerfs (L'Escargot)1980 Un 33 tours : Article sans suite (L'Escargot)1982 Un 33 tours : Da capo (L'Escargot)
31:50 Alain Dayan : Nagazaki : Alain Dayan - Maurienval : 197535:49 François Béranger : Paris-lumière (intro raccourcie) : François Béranger - Jean-Pierre Alarcen : 1975
François Béranger & Mormos François Béranger - L'alternative Daniel Slimak Daniel Slimak2Daniel Slimak, chantauteur, poète et écrivain français, naît à Vesoul en 1939. Son père Rodolphe, venu de Tchécoslovaquie avait épousé Alice Guesnel en 1929. Durant la guerre, Vesoul est bombardé puis occupé par la Wehrmacht. Les conditions de vie sont très difficiles chez les Slimak. Daniel se souvient :
« À cette époque, nous vivions entassés dans deux pièces, une cuisine et une chambre attenante. Nous étions quatre enfants et nos parents nous avaient installés dans deux lits, celui des filles et celui des garçons. À mon réveil, c'est moi qui l'ai trouvé [ son frère cadet] mort à mes côtés… ».
Une mort qui le marquera profondément.
Pour le soustraire au climat de violence dû à la guerre, les Slimak décident de confier leur fils à une tante qui vit en zone libre, aux environs de Grenoble. Daniel y passe ses journées à l'école dans une institution religieuse.
La guerre terminée, il revient à Vesoul. Le mode de vie modeste et laborieux de la famille lui laisse, très tôt, toute liberté de passer l'essentiel de son temps dans les rues avec ses copains.Élève turbulent, il s'intéresse néanmoins au français :
« Chez nous, il n'y avait qu'un seul livre, un vieux Larousse jauni qui avait depuis longtemps perdu sa couverture. Dès que j'ai su lire, j'en ai fait mon livre de chevet. Quant à l'aide que mes parents m'apportaient à ma scolarité, c'était des coups de pieds au cul lorsqu'une appréciation décevante concernant ma discipline figurait sur mon carnet de notes ».
Exaspérés par les frasques de leur fils, mais toutefois désireux de le voir poursuivre des études, ses parents l'inscrivent au concours d'entrée à l'École Militaire Préparatoire d'Aix-en-Provence. Là-bas, espèrent-ils, on lui inculquera l'esprit de discipline qui lui fait tant défaut. Et puis, en échange d'un engagement ultérieur dans l'armée, les études sont gratuites, ce qui convient au mieux au budget familial.
Marche au pas cadencé, parcours du combattant, salut obligatoire du drapeau et des supérieurs lui font découvrir les joies de l'armée. C'est pourtant dans ce milieu peu propice à la littérature que Daniel va se trouver une vocation d'écrivain. En effet, c'est pour échapper à ce monde, qui ne le retient que par la force du contrat signé par ses parents, qu'il va se créer un univers plus tendre de mots et de rimes.
À douze ans, il est remarqué par son professeur de français. Ce dernier le fait entrer au salon littéraire de madame Paléard, réunissant artistes et écrivains célèbres dont Jean Giono. Le jeune poète en uniforme y reçoit un accueil attentif et admiratif. L'écriture, dès lors, devient pour Daniel Slimak une bouée à laquelle il s'accroche pour survivre dans cette caserne si différente du monde qu'il vient de découvrir.C'est alors que le cercle de madame Paléard édite ses premiers textes. Encouragé par l'expérience, il adresse un manuscrit au jury parisien du Prix Paul Valéry qui lui décerne le trophée à l'automne 1953. Il a 14 ans.
Néanmoins le système militaire n'est pas parvenu à réduire son indiscipline impénitente. Depuis son arrivée à l'école, les conseils de discipline se sont succédé, conduisant invariablement Slimak en cellule de punition. En sept ans, il passera huit fois devant le conseil de discipline et écopera de 128 jours de cellule !
« L'adolescence un jour m'ouvrit les yeuxMort pour la France pour ça faut être vieuxJ'avais quinze ans et j'avais des idéesMon adjudant vous m'avez bien aidé ! »
En 1958, baccalauréat en poche, il prépare le concours d'entrée à Saint-Cyr. Invitée à défiler sur les Champs-Élysées à l'occasion du 14 juillet, toute l'école prend le train. Une altercation avec deux officiers lui ordonnant de laisser sa place assise lui vaut d'être enfermé à son arrivée. Sorti de sa cellule, le temps de la parade, Daniel Slimak quitte les rangs à la hauteur du Palais Bourbon et court en direction de la gare de l'Est. Sa décision est prise : il vient de déserter.
Daniel Slimak n'est pas reçu les bras ouverts à son retour à Vesoul. Son père, exaspéré annonce qu'il ne remboursera pas le contrat qui le lie à l'armée. Il n'en a, d'ailleurs, pas les moyens. Daniel a maintenant 19 ans et doit subvenir à ses besoins. Commence alors le difficile apprentissage de la débrouille et mille petits boulots plus mal payés les uns que les autres. Jusqu'au jour où il apprend qu'on recrute remplaçant pour occuper le poste d'une institutrice en congé maternité. C'est ainsi qu'il se retrouve quelques semaines plus tard et sans la moindre formation « maître d'école » dans un petit hameau de la Haute-Saône. La classe unique ne compte pas moins de 43 élèves de quatre à quinze ans !Enseigner devient vite une activité passionnante dans laquelle Daniel Slimak s'engage complètement. En outre, il portera toujours une attention affectueuse aux derniers de la classe.En août 1959, Daniel se marie avec Françoise. Leur première fille naîtra un an plus tard.
Mais en septembre 1960, il reçoit une convocation militaire, on a besoin de lui dans les Aurès :
« Tant en Allemagne qu'en Algérie, pendant 28 mois, j'ai retrouvé cet entourage de sous-officiers alcooliques que je connaissais bien, parmi lesquels rares étaient ceux qu'intéressait l'aspiration des Algériens à vivre libre ».
En mai 1968, Daniel Slimak s'engage entièrement : deux mois de grèves, de manifestations et de participation à diverses assemblées générales. Il partage avec d'autres - des amis, des inconnus - un beau rêve collectif. Lorsque ça se termine, Daniel a de la peine à se réveiller. Rien n'a véritablement changé et le train-train habituel retrouve ses droits, impose à nouveau ses obligations. L'euphorie se transforme en désespoir et en tentative de suicide. Il s'en sortira avec l'aide du docteur Lévy, psychanalyste à Neufchâtel :
« Comme l'avait été ma rencontre avec madame Paléard, celle du docteur Lévy a été essentielle. Au fil de mes consultations, il m'a appris à vivre avec mes angoisses et mes différences. Il m'a dit un jour « Vous n'êtes pas malade, vous êtes un artiste ». J'avais à ce moment-là besoin de cette reconnaissance. Si la vie est une succession de paliers, celui qu'il m'a aidé à franchir en me disant cela a été des plus importants : m'accepter comme artiste ! ».
Daniel Slimak rentre chez lui, convaincu dès lors que le sens de sa vie est de s'arracher, par l'art, à la banalité du quotidien. Il reprend la plume et sa guitare bien décidé, cette fois, à se faire entendre.Ainsi, début 1970, il passe dans les cabarets parisiens. Seul sur scène, accompagné à la guitare, il interprète des textes méticuleusement rimés. Cinq ou six accords, deux ou trois arpèges habillent sobrement les chansons parlant de seigneurs, de manants et de princesses; autant de personnages d'une geste ancienne proposée comme parabole de nos amours modernes.
Les années 1971/1972 sont une période fertile en inspirations. Il commence à être entouré de musiciens : d'abord Alain Bron, contrebassiste, élève du collège où Daniel vient d'être nommé. Puis surtout Nelly Widmer, une collègue, pianiste de formation classique. Sa contribution à la définition de l'univers du chanteur s'avèrera très importante. Jean-Claude Jeannin, un gamin de 14 ans, amène son accordéon. Yves Keusch tricote sur sa guitare des picking de haute volée. Ce dernier présentera à Daniel le groupe « Trial » qui accompagnera un temps les récitals du chanteur.
Ainsi soutenu dans sa démarche musicale, Daniel Slimak va rapidement tracer les nouveaux contours d'un univers bien moins consensuel que ses premières chansons d'amour : la vie et les luttes ouvrières, la dénonciation de la guerre et des injustices sociales, le cynisme politique etc…
En 1975, c'est l'ouverture, à Besançon, d'un studio d'enregistrement qui le conduit à franchir le pas de la production. Il s'y enferme 15 jours en août avec ses musiciens pour enregistrer onze titres. Ainsi naît son premier album éponyme.
[ source : Quand l'oiseau meurt, la chanson reste - Céline & Gérard Lambert ]
1975 Un 33 tours : Daniel Slimak (autoproduit)1977 Un 33 tours : Entre l'aimer et le maudire (autoproduit)1980 Un 33 tours : Complainte du pauvre Jean (autoproduit) 1992 Un cd : Voyages (autoproduit)
47:33 Alice Farot : L'ombre de la ville : Alice Farot - Christian Ruiz : 197550:54 Daniel Slimak : Les p'tites sœurs de charité : Daniel Slimak : 197553:06 Serge Reggiani : Si tu me paies un verre : Bernard Dimey - Cris Carol : 197555:29 Patrick Font : La grande Jaja : Patrick Font - Minou Drouet : 197558:24 Claude Antonini : Il pleut sur la ville : Paol Keineg - Claude Antonini : 1975
C.d.C.#45 1972 L'Homme de la rue : Paul Louka - Georges Moustaki - Marc Ogeret - Bernard Haillant 1972 L'Homme de la rue :...
C.d.C. #40 1971 Un pays à vendre - Mama Béa - Jean-Claude Darnal - Catherine Le Forestier - Catherine Ribeiro 1971 Un pays à...
1949 : Succès de Jacques Prévert - Joséphine Baker - Bourvil - Line Renaud - Edith Piaf Chronologie de la chanson #3. En 1946,...