Biographie de Daniel Slimak : La faute au pétrole
Enfance et formation de Daniel Slimak
Daniel Slimak, chantauteur, poète et écrivain français, naît à Vesoul en 1939. Son père Rodolphe, venu de Tchécoslovaquie avait épousé Alice Guesnel en 1929. Durant la guerre, Vesoul est bombardé puis occupé par la Wehrmacht. Les conditions de vie sont très difficiles chez les Slimak. Daniel se souvient :
« À cette époque, nous vivions entassés dans deux pièces, une cuisine et une chambre attenante. Nous étions quatre enfants et nos parents nous avaient installés dans deux lits, celui des filles et celui des garçons. À mon réveil, c’est moi qui l’ai trouvé [ son frère cadet] mort à mes côtés… ».
Une mort qui le marquera profondément.
Pour le soustraire au climat de violence dû à la guerre, les Slimak décident de confier leur fils à une tante qui vit en zone libre, aux environs de Grenoble. Daniel y passe ses journées à l’école dans une institution religieuse.
La guerre terminée, il revient à Vesoul. Le mode de vie modeste et laborieux de la famille lui laisse, très tôt, toute liberté de passer l’essentiel de son temps dans les rues avec ses copains.
Élève turbulent, il s’intéresse néanmoins au français :
« Chez nous, il n’y avait qu’un seul livre, un vieux Larousse jauni qui avait depuis longtemps perdu sa couverture. Dès que j’ai su lire, j’en ai fait mon livre de chevet.
Quant à l’aide que mes parents m’apportaient à ma scolarité, c’était des coups de pieds au cul lorsqu’une appréciation décevante concernant ma discipline figurait sur mon carnet de notes ».
Daniel Slimak à l’École Militaire
Exaspérés par les frasques de leur fils, mais toutefois désireux de le voir poursuivre des études, ses parents l’inscrivent au concours d’entrée à l’École Militaire Préparatoire d’Aix-en-Provence. Là-bas, espèrent-ils, on lui inculquera l’esprit de discipline qui lui fait tant défaut. Et puis, en échange d’un engagement ultérieur dans l’armée, les études sont gratuites, ce qui convient au mieux au budget familial.
Marche au pas cadencé, parcours du combattant, salut obligatoire du drapeau et des supérieurs lui font découvrir les joies de l’armée. C’est pourtant dans ce milieu peu propice à la littérature que Daniel va se trouver une vocation d’écrivain. En effet, c’est pour échapper à ce monde, qui ne le retient que par la force du contrat signé par ses parents, qu’il va se créer un univers plus tendre de mots et de rimes.
À douze ans, il est remarqué par son professeur de français. Ce dernier le fait entrer au salon littéraire de madame Paléard, réunissant artistes et écrivains célèbres dont Jean Giono. Le jeune poète en uniforme y reçoit un accueil attentif et admiratif.
L’écriture, dès lors, devient pour Daniel Slimak une bouée à laquelle il s’accroche pour survivre dans cette caserne si différente du monde qu’il vient de découvrir.
C’est alors que le cercle de madame Paléard édite ses premiers textes. Encouragé par l’expérience, il adresse un manuscrit au jury parisien du Prix Paul Valéry qui lui décerne le trophée à l’automne 1953. Il a 14 ans.
Daniel Slimak le réfractaire
Néanmoins le système militaire n’est pas parvenu à réduire son indiscipline impénitente. Depuis son arrivée à l’école, les conseils de discipline se sont succédé, conduisant invariablement Slimak en cellule de punition. En sept ans, il passera huit fois devant le conseil de discipline et écopera de 128 jours de cellule !
« L’adolescence un jour m’ouvrit les yeux
Mort pour la France pour ça faut être vieux
J’avais quinze ans et j’avais des idées
Mon adjudant vous m’avez bien aidé ! »
En 1958, baccalauréat en poche, il prépare le concours d’entrée à Saint-Cyr. Invitée à défiler sur les Champs-Élysées à l’occasion du 14 juillet, toute l’école prend le train. Une altercation avec deux officiers lui ordonnant de laisser sa place assise lui vaut d’être enfermé à son arrivée. Sorti de sa cellule, le temps de la parade, Daniel Slimak quitte les rangs à la hauteur du Palais Bourbon et court en direction de la gare de l’Est. Sa décision est prise : il vient de déserter.
Début de la carrière d’enseignant de Daniel Slimak
Daniel Slimak n’est pas reçu les bras ouverts à son retour à Vesoul. Son père, exaspéré annonce qu’il ne remboursera pas le contrat qui le lie à l’armée. Il n’en a, d’ailleurs, pas les moyens. Daniel a maintenant 19 ans et doit subvenir à ses besoins. Commence alors le difficile apprentissage de la débrouille et mille petits boulots plus mal payés les uns que les autres. Jusqu’au jour où il apprend qu’on recrute remplaçant pour occuper le poste d’une institutrice en congé maternité.
C’est ainsi qu’il se retrouve quelques semaines plus tard et sans la moindre formation « maître d’école » dans un petit hameau de la Haute-Saône. La classe unique ne compte pas moins de 43 élèves de quatre à quinze ans !
Enseigner devient vite une activité passionnante dans laquelle Daniel Slimak s’engage complètement. En outre, il portera toujours une attention affectueuse aux derniers de la classe.
En août 1959, Daniel se marie avec Françoise. Leur première fille naîtra un an plus tard.
Mais en septembre 1960, il reçoit une convocation militaire, on a besoin de lui dans les Aurès :
« Tant en Allemagne qu’en Algérie, pendant 28 mois, j’ai retrouvé cet entourage de sous-officiers alcooliques que je connaissais bien, parmi lesquels rares étaient ceux qu’intéressait l’aspiration des Algériens à vivre libre ».
En mai 1968, Daniel Slimak s’engage entièrement : deux mois de grèves, de manifestations et de participation à diverses assemblées générales. Il partage avec d’autres – des amis, des inconnus – un beau rêve collectif. Lorsque ça se termine, Daniel a de la peine à se réveiller. Rien n’a véritablement changé et le train-train habituel retrouve ses droits, impose à nouveau ses obligations. L’euphorie se transforme en désespoir et en tentative de suicide. Il s’en sortira avec l’aide du docteur Lévy, psychanalyste à Neufchâtel :
« Comme l’avait été ma rencontre avec madame Paléard, celle du docteur Lévy a été essentielle. Au fil de mes consultations, il m’a appris à vivre avec mes angoisses et mes différences. Il m’a dit un jour « Vous n’êtes pas malade, vous êtes un artiste ». J’avais à ce moment-là besoin de cette reconnaissance. Si la vie est une succession de paliers, celui qu’il m’a aidé à franchir en me disant cela a été des plus importants : m’accepter comme artiste ! ».
Début de la carrière artiste de Daniel Slimak
Daniel Slimak rentre chez lui, convaincu dès lors que le sens de sa vie est de s’arracher, par l’art, à la banalité du quotidien. Il reprend la plume et sa guitare bien décidé, cette fois, à se faire entendre.
Ainsi, début 1970, il passe dans les cabarets parisiens. Seul sur scène, accompagné à la guitare, il interprète des textes méticuleusement rimés. Cinq ou six accords, deux ou trois arpèges habillent sobrement les chansons parlant de seigneurs, de manants et de princesses; autant de personnages d’une geste ancienne proposée comme parabole de nos amours modernes.
Les années 1971/1972 sont une période fertile en inspirations. Il commence à être entouré de musiciens : d’abord Alain Bron, contrebassiste, élève du collège où Daniel vient d’être nommé. Puis surtout Nelly Widmer, une collègue, pianiste de formation classique. Sa contribution à la définition de l’univers du chanteur s’avèrera très importante. Jean-Claude Jeannin, un gamin de 14 ans, amène son accordéon. Yves Keusch tricote sur sa guitare des picking de haute volée. Ce dernier présentera à Daniel le groupe « Trial » qui accompagnera un temps les récitals du chanteur.
Ainsi soutenu dans sa démarche musicale, Daniel Slimak va rapidement tracer les nouveaux contours d’un univers bien moins consensuel que ses premières chansons d’amour : la vie et les luttes ouvrières, la dénonciation de la guerre et des injustices sociales, le cynisme politique etc…
En 1975, c’est l’ouverture, à Besançon, d’un studio d’enregistrement qui le conduit à franchir le pas de la production. Il s’y enferme 15 jours en août avec ses musiciens pour enregistrer onze titres. Ainsi naît son premier album éponyme.
[ source : Quand l’oiseau meurt, la chanson reste – Céline & Gérard Lambert ]
Discographie de Daniel Slimak
1975 Un 33 tours : Daniel Slimak (autoproduit)
1977 Un 33 tours : Entre l’aimer et le maudire (autoproduit)
1980 Un 33 tours : Complainte du pauvre Jean (autoproduit)
1992 Un cd : Voyages (autoproduit)
Chansons de la 4ème partie : La faute au pétrole : Les p’tites sœurs de charité
47:33 Alice Farot : L’ombre de la ville : Alice Farot – Christian Ruiz : 1975
50:54 Daniel Slimak : Les p’tites sœurs de charité : Daniel Slimak : 1975
53:06 Serge Reggiani : Si tu me paies un verre : Bernard Dimey – Cris Carol : 1975
55:29 Patrick Font : La grande Jaja : Patrick Font – Minou Drouet : 1975
58:24 Claude Antonini : Il pleut sur la ville : Paol Keineg – Claude Antonini : 1975