C.d.C.#49 1974 Complainte de Victor Jara : Jean-Roger Caussimon - Victor Jara - Serge Reggiani - Georges Langford

Episode 49 April 12, 2026 01:01:06
C.d.C.#49 1974 Complainte de Victor Jara : Jean-Roger Caussimon - Victor Jara - Serge Reggiani - Georges Langford
Le chant de l'histoire
C.d.C.#49 1974 Complainte de Victor Jara : Jean-Roger Caussimon - Victor Jara - Serge Reggiani - Georges Langford

Apr 12 2026 | 01:01:06

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Show Notes

C.d.C.#49 1974 Complainte de Victor Jara : Jean-Roger Caussimon - Victor Jara - Serge Reggiani - Georges Langford

1974 Complainte de Victor Jara : Contexte historique

Complainte de Victor Jara : En pleine guerre froide, l’expérience de la « voie chilienne vers le socialisme » a duré moins de trois ans (de novembre 1970 à septembre 1973). Elle a néanmoins transformé le pays andin de neuf millions d’habitants et passionné le monde intellectuel et militant, d’un bout à l’autre de la planète.

Les gauches (autour du Parti socialiste et du Parti communiste), à l’origine, en 1969, de la coalition qui prend le nom d’Unité populaire (UP), proposent une transition vers le socialisme à la fois démocratique et révolutionnaire, institutionnelle, électorale et non armée : il ne s’agit plus de miser sur la guérilla et les kalachnikovs, mais sur la mobilisation des classes populaires et du mouvement ouvrier.

Se fondant sur ce qu’ils estiment — à tort — relever d’une tradition historique légitimiste de l’armée et d’une certaine flexibilité de l’État chilien, Allende et les siens parient que les militaires respecteront le suffrage universel et qu’il deviendra possible d’imposer la volonté majoritaire à l’oligarchie sans tirer le moindre coup de feu. […]

Le coup d'État du 11 septembre

Le matin du 11 septembre 1973, avec l’appui de l’administration Nixon (mais aussi — on le sait aujourd’hui — de la dictature brésilienne ), les différentes branches des forces armées se soulèvent. La gauche se trouve désarmée tant au plan politique que militaire. Et la bataille du Chili prend fin, dramatiquement .

S’appuyant sur un catholicisme national-conservateur et la doctrine de la sécurité nationale, la dictature civico-militaire ferme le Parlement, réprime dans le sang les syndicats, proclame l’état de siège, pratique la censure.

Contre le « cancer marxiste », le terrorisme d’État s’abat sur le pays. Durant seize années, les militaires et la police politique torturent des dizaines de milliers de personnes, assassinent plus de 3 200 individus, dont plus d’un millier sont encore aujourd’hui disparus (leurs corps n’ayant jamais été retrouvés).

[ source Monde Diplomatique ]

Biographie de Jean-Roger Caussimon (2ème partie) : Complainte de Victor Jara

1ère partie de la biographie de Jean-Roger Caussimon

Pierre Barouh & Jean-Roger Caussimon, enregistrement du premier album 33 tours chez Saravah

En 1966 Pierre Barouh avait écrit les chansons du film "Un homme et une femme" de Claude Lelouch. Ce dernier manquant d'argent, Barouh essaie de débloquer la situation en allant proposer les chansons aux éditeurs de musique qui les refusent. Par dépit, Pierre Barouh décide donc de créer une maison d'édition : Saravah. Néanmoins, Claude Lelouch parvient quand même à boucler son budget.

La chanson "Un homme et une femme" chantée par Nicole Croisille remporte un immense succès. Pierre Barouh fait alors fortune.

Avec ce flot d'argent, Pierre décide de faire enregistrer des disques aux amis, Jacques Higelin et Brigitte Fontaine. Et en ce qui concerne Caussimon, il en a dit :

« Jean-Roger fait partie des gens dont je me suis nourri quand j'avais 15 ou 16 ans, à travers des chansons comme "Comme à Ostende" ou "Le temps du tango". Comme je me suis nourri de Mac Orlan, de Trenet, de Prévert, de Jean Vigo…Les années passaient et j'étais complètement révolté du fait qu'on attribuait ces chansons à Léo Ferré. Un jour, en discutant avec José Artur, je lui ai parlé de Caussimon qui faisait du théâtre à cette époque, c'était un très bon acteur. Et José m'apprend que Jean-Roger Caussimon, étudiant bordelais quand il a débarqué à Paris chantait au Lapin Agile.J'ai donc été le trouver, rue Damrémont dans le 18ème, alors que Saravah existait déjà depuis quelques temps. Je lui ai dis : "Monsieur Caussimon, j'aimerais vous produire un disque". Il avait 52 ans. Et il me répond : "mais, cher monsieur Barouh, vous n'y pensez pas ! Vous allez perdre tout votre argent." Mais j'ai senti, dans le ton, qu'il le souhaitait depuis trente ans et qu'il avait été trop pudique pour le provoquer lui-même… »

Jean-Roger Caussimon enregistre son premier album

Ainsi, en septembre 1970, Jean-Roger Caussimon enregistre son premier album au fameux studio Saravah de la place des Abbesses à Montmartre. L'album paraît début 1971, la chanson "Les cœurs purs" va être un grand succès populaire. On pourra lire dans la presse :

« On ne saurait trouver meilleure illustration, à la fois de la sensibilité de Caussimon et des raisons qui en font un auteur authentiquement populaire, dont les chansons touchent au plus profond, émeuvent au plus intime. »

C'est alors qu'à l'âge de 52 ans, Jean-Roger Caussimon reçoit le prix Paul Gilson de l'Académie Charles Cros pour son premier album. Un prix qui est décerné aux révélations…Puis les événements s'accélèrent : Jean-Christophe Averty lui consacre une émission de télévision. Jean-Roger passe une semaine au Théâtre du Vieux-Colombier, etc.En outre, durant l'été 1972, au Festival de Carpentras, Jean-Roger Caussimon participe à des concerts de soutien à Saravah dont les finances sont au plus bas.

« Je suis un saltimbanque, je suis un nomade. Tu connais mon humble petite maison, qu'on n'imagine pas que j'habite un manoir ! Cette petite maison correspond exactement à ce que je veux être, à ce que je suis de façon profonde : elle est modeste, je suis modeste ! Elle a la chance d'être parmi les arbres, face à l'étang, mais je n'ai rien, aucune fortune […]Je dis que je suis un nomade parce que, ma femme ayant les mêmes goûts que moi, nous vivons comme les gens du voyage. Avec la caravane, nous sommes partout chez nous, nous affrontons toutes les saisons, toutes les intempéries, la pluie, la neige.Nous nous nourrissons de produits régionaux - Paulette fait merveilleusement la cuisine - et ce n'est pas de la démagogie. Mais je préfère le camping municipal à l'hôtel. »

Deuxième album de Jean-Roger Caussimon

 

Puis en 1973, paraît son deuxième album "À la Seine" qu'il présente à Bobino. De plus, il entame une tournée de son récital dans 17 villes de France. Fidèle à lui-même, il se déplace dans sa vieille caravane :

« Mon tour de chant terminé, je suis heureux, vraiment, pour une heure ou deux. Paulette, mon épouse que dans le travail j'appelle Alphonsine, son deuxième prénom, revient des éclairages. Elle manie maintenant tout " jeu d'orgue " avec maestria.Nous allons boire un, deux ballons de Côtes du Rhône au café voisin puis nous rentrons chez nous. Petit repas. Une bouteille de vin encore, ou deux. Paulette boit dans mon verre. Nous parlons de la soirée, de nos enfants. Je lui fais part des sujets de chansons que je rêve d'écrire. Je divague un peu ou pas tellement, va savoir. »

 

En 1974 paraît " Musique légère " son troisième album. Caussimon passe dans un " Musicorama " à l'Olympia et part à nouveau en tournée dans 24 villes de France. En outre il continue au théâtre et au cinéma. Jean-Christophe Averty l'invite deux fois cette année-là, dont une dans "show Caussimon-Clay".  Jean-Roger y chante 14 titres issus des deuxième et troisième 33 tours.

Discographie "chanson" de Jean-Roger Caussimon

[ sources : La Double Vie, mémoires de J.R. Caussimon - Chorus n° 9 - Je Chante ! n° 15 - Paroles et Musique n° 19 & 51]

Chansons de la 1ère partie : Complainte de Victor Jara : Rue de la Liberté

02:52 Jean-Roger Caussimon  : Rue de la Liberté    : Jean-Roger Caussimon - Daniel Faure : 197406:33 Jeanne-Marie Sens         : L'enfant du 92ème : Jeanne-Marie Sens - Eric Lowery, Pierre Rapsat : 197409:10 Imago                               : Géronimo                 : Bernard Benguigui - Claude Six : 197413:15 Kirjuhel                            : Angela Davis            : Jean-Frédéric Brossard : 1974

    Jean-Roger Caussimon avec Jean-Christophe Averty et Paulette Jean-Roger Caussimon : sieste en vacances avec le chien Bouboule Victor Jara Victor Jara et sa famille Victor Jara : Canto por travesura

Complainte de Victor Jara : Biographie de Victor Jara

Enfance et formation de Victor Jara

Víctor Lidio Jara Martinez, chantauteur, écrivain et metteur en scène chilien, naît à San Ignacio (ou Quiriquina voire Chillan selon les sources) (région de Ñuble au centre du Chili) en 1932. Ses parents sont des paysans enracinés dans le folklore, locataires d'un "fundo". Sa mère, en plus de se consacrer au travail domestique, joue de la guitare et chante constamment dans la maison..C'est sa maman qui va lui donner la vocation pour la musique mais il est aussi obligé très jeune d'aider son père dans les champs.

Lorsque Victor a douze ans, la famille déménage à Los Nogales (banlieue de la capitale, Santiago du Chili). Ils cohabitent alors avec la famille Morgado dont les deux fils Julio et Humberto furent les camarades de classes de Victor à l'école primaire.La famille Morgado propose à Victor qui avait abandonné les études, un travail chez un fabricant de meubles. Mais, hélas à l'âge de 15 ans, Victor perd sa maman, ce qui fait exploser le noyau familial.Sur les conseils d'un prêtre, Victor rentre alors au séminaire. Mais deux ans après son admission, il le quitte, s'étant rendu compte de son manque de vocation. Néanmoins cela lui aura donné l'occasion de pratiquer le chant grégorien. Puis il doit effectuer son service militaire.

Ses obligations militaires terminées, Victor Jara entre dans le chœur de l'Université du Chili pour participer à la création de Carmina Burana. Il entame ensuite un travail de recherche et de collectage du patrimoine folklorique.À l'âge de 24 ans, Jara rejoint la compagnie de théâtre de "Los Mimos de Noisvaner", parallèlement il commence des études de théâtre et de mise en scène à l'École de théâtre de l'université du Chili. Sa situation est très précaire, n'ayant nulle part où dormir il passe ses nuits dans les environs de l'école.

Débuts de la carrière artistique de Victor Jara

Enfin, en 1957, Victor Jara rejoint l'Ensemble folk Cuncumèn (Conjunto Cuncumèn) , un groupe folk de l'Université sous la direction de la maestra Margot Loyola. Cuncumèn était alors la plus grande institution folklorique du pays et avait déjà participé à la série d'albums "El folclore de Chile" initiée par Violeta Parra.Ainsi, en 1959 le groupe qui avait décidé d'enregistrer un disque de chansons de Noël (Villancicos Chilenos) se rend compte qu'il manque trois chansons pour le terminer. C'est Victor qui est chargé d'aller demander à Violeta Parra de les leur fournir. Violeta accepte avec gentillesse mais exige que ce soit lui qui chante "Doña Maria le ruego". Elle l'admirait depuis ses débuts et l'avait toujours aidé dans sa carrière.

Entre 1961 et 1966, Victor Jara mène alors plusieurs activités de front : Directeur artistique et chanteur soliste de Cuncumèn, directeur de l'ITUCH (Institut de Théâtre de l'Université du Chili), professeur d'interprétation à l'Université…

Victor Jara chantauteur

Victor Jara a aussi été le directeur artistique de Quilapayún entre 1966 et 1969. En outre il chante comme soliste dans la Peña de los Parra.En 1966, sans quitter le théâtre, il enregistre son premier album solo "Victor Jara". Dans sa courte carrière discographique, il aura le temps d'enregistrer sept albums 33 tours. Le dernier "Canto por Travesura" paraîtra après sa mort.De fait, en 1970, il participe à la campagne électorale de l'Unité Populaire et il fait paraître son quatrième album "Canto Libre". Voici comment Victor se définit alors :

« Bien plus que chanteur "de protesta", "contestataire", comme on m'a appelé, je me sens comme un ouvrier de la guitare, un chanteur populaire. C'est aussi, j'espère, ainsi que me voit le peuple chilien, parce que lorsque je chante j'essaie de refléter son idéal, ses joies, ses luttes.Notre chanson est folklorique, si par folklore, on entend langage populaire, chant du peuple. Elle est engagée, par conséquent, aux côtés de la lutte de la classe ouvrière, de la jeunesse du prolétariat urbain et rural. Elle est contestataire parce qu'elle porte en elle la dénonciation.Tant qu'il y aura une mentalité bourgeoise, la Nouvelle Chanson aura un rôle à jouer dans la lutte contre celle-ci. Tant que les critères des médias seront des critères commerciaux, nous lutterons pour montrer à notre peuple ce qui nous est propre, ce qui nous appartient, et qui nous identifie, nous rend frère des autres peuples. »

Assassinat de Victor Jara

Selon le récit de sa femme Joan, le matin du 11 septembre, Victor entend les nouvelles du coup d'État fasciste téléguidé par Washington. Le président Allende demande que tous les Chiliens se rendent d'urgence sur leur lieu de travail. Victor va donc à l'Université Technique, à l'autre bout de Santiago. Il ne se dérobe pas, malgré l'imminence et l'évidence du danger.Victor Jara est fait prisonnier l'après-midi même, en même temps que cinq ou six mille étudiants et enseignants de l'Université Technique. En tant que l'un des bastions de l'Unité Populaire, celle-ci est l'un des tout premiers endroits de la capitale à être cernés par les tanks. Il a quand même le temps de téléphoner à sa femme en lui recommandant d'être courageuse et de prendre bien soin de leurs deux jeunes enfants.

Le Stade du Chili converti en camp de concentration

Victor Jara et ses camarades d'infortune sont alors emmenés au Stade du Chili converti en camp de concentration. Le poète  a été torturé pendant des heures durant les interrogatoires, ses mains écrasées à coup de crosse de fusil, enfermé quatre jours sans nourriture, puis mitraillé. En 2009, ses restes furent exhumés et autopsiés :

« Selon [les constatations], effectués par le Service médical légal et ratifiés par l’Institut génétique d’Innsbruck, l’artiste est décédé des suites de « multiples fractures dues à des blessures par balle qui ont causé un choc hémorragique dans un contexte homicide » et qu’il a été battu et torturé pendant son séjour dans le stade du Chili, où il a été détenu. Le texte souligne que plus de trente blessures osseuses ont été retrouvées à la suite de fractures causées par des blessures par projectile et d'autres causées par des objets contondants, différentes des blessures par balle. »

[sources Wikipédia (espagnol) - Paroles et musique n°32 ]

Chansons de la 2ème partie : Complainte de Victor Jara : Te recuerdo, Amanda

18:24 Francesca Solleville : Camarade Chili                     : Jean-Max Brua : 197421:33 Pierre Chêne             : Qui dont était cet homme : Pierre Chêne : 197423:56 Gilles Servat              : Gwerz Victor C'hara            : Gilles Servat : 1974  : traduction28:07 Victor Jara                 : Te recuerdo, Amanda         : Victor Jara : 1969 : traduction

Biographie de Serge Reggiani : Complainte de Victor Jara

Enfance et formation de Serge Reggiani

Sergio Reggiani, alias Serge Reggiani, acteur et interprète français, naît à Reggio d'Émilie (Italie) en 1922. Son père, Ferrucio, coiffeur, est un «rouge», il fait partie de ceux dont le nouveau pouvoir fasciste veut se "débarrasser". Donc, pendant l'été 1930, Ferrucio s'exile à Yvetot en Normandie. Sa femme Letizia et son fils Sergio le rejoignent en novembre. Le petit Sergio n'a que huit ans et demi :

« D'un seul coup, tu abandonnes ton enfance italienne. Tu es obligé de la reconstruire, souvenir par souvenir, parce que tu es entouré de gens qui parlent une langue inconnue, qui ont des gestes inconnus… »

 

Mais, quelques mois plus tard, les Reggiani vont s'installer à Paris. Après avoir survécu dans des hôtels minables, ils finissent par ouvrir un salon de coiffure dans le quartier populaire de la Porte-Saint-Denis. Le père s'occupant des hommes, la maman frisant les dames (dont la plupart vendaient leurs charmes sur les trottoirs avoisinants). Au contact de cette clientèle au verbe sonore et déluré, le jeune Serge découvre une vie qui le fascine davantage que celle de l'école. Pourtant, il y est toujours premier en français.

Serge Reggiani découvre la lecture

À treize ans, Serge commence son apprentissage de coiffeur dans le salon familial. Un jour, il a l'occasion de faire une rencontre curieuse :

« Je me souviens d'un type que nous connaissions à Reggio. C'était un résistant qui s'appelait Belvini. Les fascistes l'avaient enfermé sur l'île de Lipari, où l'on bouclait tous les prisonniers politiques, et il s'en était tiré à la nage…Je l'ai revu à Paris, quelques années plus tard. Il est entré un soir dans le salon de mes parents, avec une grande valise sous le bras. Il l'a posée sur une chaise, nous a regardés, et a dit :" Sans culture, les gens ne peuvent pas se défendre !" Personne ne comprenait ce qu'il voulait dire, jusqu'au moment où il a ouvert sa valise. Elle était pleine de livres. C'est tout ce qu'il avait amené avec lui, lorsqu'il avait fui l'Italie. Il m'a alors demandé : "Qu'est-ce que tu veux lire en premier ?" J'ai pioché par hasard et je suis tombé sur «Martin Eden» de Jack London. J'aurais pu tomber plus mal… »

Début de la carrière théâtrale de Serge Reggiani

L'envie d'être comédien le tenaillait depuis un moment. Ainsi, Serge Reggiani trouve, dans un encart publicitaire, l'annonce de l'ouverture prochaine d'un conservatoire des arts cinématographiques. Il s'inscrit alors au concours d'entrée et y est reçu. Au terme de la première année, Serge obtient un premier prix .

Serge Reggiani a juste un peu plus de seize ans et continue à faire de la figuration (au théâtre et au cinéma) pour vivre. En outre, de 1939 à 1941, il prépare le Conservatoire national abordant tous les répertoires avec une égale aisance. Serge sortira du Conservatoire avec deux seconds prix : l'un de tragédie, l'autre de comédie. Dès lors, il ne cesse pratiquement plus de jouer.

Cependant, en 1943, pour échapper au STO mais aussi à l'armée italienne qui le réclame, Serge Reggiani quitte Paris et se réfugie en Haute-Marne, dans une maison appartenant au père d'Yves Allégret. C'est là qu'il fait connaissance de Simone Signoret, sa future partenaire de Casque d'or. Il lui restera toujours lié par une très profonde amitié.À la Libération, de retour à Paris, Serge Reggiani reprend sa carrière de comédien, avec un succès qui ne cessera de croître au fil des ans.Ainsi, vingt ans durant, il se saoule de travail jusqu'à ce que vienne la lassitude et qu'il décide de prendre du recul et de quitter Paris.

Début de la carrière d'interprète de Serge Reggiani

Ainsi, en 1963, Serge Reggiani s'installe à Mougins (Alpes -Maritimes) et goûte au plaisir du calme en famille. Cependant, le destin va à nouveau frapper à sa porte. À l'occasion d'une visite chez Simone Signoret, il rencontre Jacques Canetti. Ce dernier a en tête de faire vivre l'œuvre de Boris Vian, mort quatre ans auparavant et dont il dispose d'un stock de chansons inédites. Pour la petite histoire, Canetti avait déjà entendu chanter Reggiani dans une pièce radiophonique en 1962 "L'homme à l'ombrelle blanche".

Serge Reggiani chante Boris Vian

Quatre titres de Vian sont d'abord retenus, dont le très parodique « Arthur, où t'as mis le corps ». Et au bout de six mois, un album "Chante Boris Vian" est finalement bouclé. Ce dernier, primé par l'Académie Charles Cros, donne à Reggiani le goût de chanter.En outre, Serge Reggiani fait à nouveau une autre rencontre importante : celle de Barbara dans un spectacle à Caen. Cette dernière demande à Georges Moustaki de venir écouter Serge et d'écrire pour lui.

Les deux hommes se découvrent et apprennent à se connaître. Georges Moustaki constate que :

« Je me sentis capable de me substituer à lui pour écrire ce qu'il ressentait, d'être son Cyrano, son trouve-paroles et dénicheur de notes. […] Taureau impétueux, il se lança dans l'aventure avec une flamme qui me rappelait celle de Piaf. Il a imposé nos chansons envers et contre tous les fabricants d'idoles qui n'en revenaient pas d'être battus sur leur propre terrain. »

De leur collaboration vont naître des joyaux comme : Ma solitude, Sarah, Ma liberté, Votre fille a vingt ans, Madame Nostalgie… De plus les tubes de Reggiani vont remettre Moustaki dans la lumière et lui permettre de pouvoir réenregistrer à nouveau.

Serge Reggiani, un monument de la chanson

En outre, de son côté, Barbara va faire répéter Serge Reggiani chez elle, avec son propre pianiste. De plus, elle lui apprend à se tenir derrière un micro et à respirer correctement ( c'est à dire avec le ventre comme un chanteur, et non plus avec la poitrine comme un acteur). Pour l'aguerrir, Barbara l'emmène en tournée, en première partie de son spectacle. Le pari est gagné, le public est acquis à la cause de ce débutant de presque quarante-cinq ans.

En 1967 son deuxième album de chansons "N°2 - Bobino" rencontre un succès phénoménal. Les ventes s'envolent en quelques semaines et Reggiani se retrouve dans les juke-boxes, à côté des Moody Blues, Beatles et des yéyés à la mode.De plus, il remporte un énorme succès sur la scène de Bobino, des attroupements se forment chaque soir devant le théâtre.Les disques, les spectacles s'enchaînent. Parallèlement Reggiani continue à tourner dans des films, deux par an, au plus. Et ce sont toujours d'assez jolis succès. Serge Reggiani finit par faire figure de monument de la chanson.

1973 & 1974 : 3 albums consacrés à la poésie

Mais en 1973, après sept albums consacrés à la chanson, Serge Reggiani se ménage une pause dans sa production de chanteur. Cette année-là il enregistre un disque de textes de poésie consacré à Victor Hugo, Charles Baudelaire, Guillaume Apollinaire…Puis, l'année suivante, il réitère la même expérience avec un double album entièrement consacré à Jacques Prévert où l'on peut écouter ce chef-d'œuvre d'anthologie qu'est « La crosse en l'air ».

[ sources : Paroles et musique n° 43 - Chorus n° 25 - Je Chante ! n° 9/10 ]

Discographie « Chansons » 1964 / 1974 de Serge Reggiani

Chansons de la 3ème partie : Complainte de Victor Jara : L'effort humain

33:43 Serge Reggiani  : L'effort humain                 : Jacques Prévert, Jeanne Perret - Dimitri Chostakovitch, Jean Musy : 197437:49 Marc Ogeret     : Un jour, un jour                 : Louis Aragon - Jean Ferrat : 197441:48 Pia Colombo     : Il était une fois dans l'est : Maurice Fanon - Gérard Jouannest : 1974

Serge Reggiani Serge Reggiani - Poètes 2&3 Georges Langford

Biographie de Georges Langford

Georges Langford, chantauteur canadien naît à Pictou (Nouvelle-Écosse) en 1948. Il passe son enfance sur l'île du Havre-aux-Maisons de l'archipel des Îles de la Madeleine (Québec). Une petite île de 18 kilomètres carrés, bordée de falaises et de dunes avec un paysage sauvage.Georges doit quitter son île pour poursuivre ses études à Bathurst (Nouveau-Brunswick) où il écrit ses premières chansons.

Puis au milieu des années 1960, de retour aux îles, Georges Langford ouvre les boîtes à chansons "L'Astrid" puis "Le vieux quai". En outre, en 1967, il participe au film "La noce est pas finie" de Léonard Forest dont il signe la musique.

Georges Langford crée la chanson  « Le frigidaire »

En 1970, vivant à Montréal, Georges Langford se distingue dans les boîtes à chansons. De passage à l'émission "Sous mon toit", diffusée par Télé Métropole, il interprète la chanson "Le frigidaire" qui, enregistrée et légèrement modifiée par Tex Lecor en 1971 deviendra un succès international :

« Le frigidaire provient d’une écriture mouvementée : je roulais dans un autobus à Montréal, sans crayon ni papier, sans guitare il va sans dire. Je pensais aux Îles de la Madeleine, aux Madelinots venus travailler en ville avec un rêve : retourner vivre des jours meilleurs dans leur archipel. Arrivé à destination, j’ai quitté l’autobus avec l’idée principale de la chanson, la mélodie et la moitié des paroles. »

Tex Lecor en a changé le refrain. Tandis que la version originale disait « Tant que je pourrai toffer dans le frigidaire » ( tant que je pourrai travailler dans une ville froide) Un beau matin, on s'en retournera chez les marins »celle de Tex est « Tant qu'il me restera quelque chose dans le frigidaire […] Un beau matin, on mettra du beurre sur notre pain »

Georges enregistre « Le frigidaire » en 1973 dans son premier album "Arrangez-vous pour qu'il fasse beau" »

Chansons de la 4ème partie : Complainte de Victor Jara : Le frigidaire

48:43 Pauline Julien          : Litanies des gens gentils : Pauline Julien - Richard Grégoire : 197452:46 Georges Langford  : Le frigidaire                       : Georges Langford : 197455:58 Guy Pothier             : La tite toune                     : Gilles Vigneault : 197459:07 Serge Reggiani       : Le contrôleur                    : Jacques Prévert : 1974

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