C.d.C.#58 1976 Les gens étranges : Pierre Louki - Yvan Dautin - Gilles Elbaz - Bernard Dimey

Episode 58 • October 30, 2026 • 01:00:00
C.d.C.#58 1976 Les gens étranges : Pierre Louki - Yvan Dautin - Gilles Elbaz - Bernard Dimey
Le chant de l'histoire
C.d.C.#58 1976 Les gens étranges : Pierre Louki - Yvan Dautin - Gilles Elbaz - Bernard Dimey

Oct 30 2026 | 01:00:00

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Show Notes

C.d.C.#58 1976 Les gens étranges : Pierre Louki - Yvan Dautin - Gilles Elbaz - Bernard Dimey

Table des matières

1976 Les gens étranges : contexte historique

Les circulaires adoptées en 1971-1972 par le ministre du travail Joseph Fontanet et le ministre de l'intérieur Raymond Marcellin concrétisèrent très rapidement la volonté de restreindre l'immigration. Auparavant, la grande majorité des ouvriers étrangers arrivaient en France sans contrat de Travail, parfois sans papier, les entreprises se chargeant de légaliser la situation sur le plan juridique. Danièle Lochak (*) estime qu'entre 1956 et 1968, le taux de régularisation était passé de 28% à 82% !

Les circulaires Marcellin-Fontanet mirent fin à ce libéralisme. Un étranger ne pouvait plus désormais exercer un emploi susceptible d'être occupé par un Français et un contrat de travail était nécessaire pour obtenir une carte de séjour.Quelques semaines après son arrivée au pouvoir, Giscard d'Estaing enfonça le clou en suspendant officiellement l'immigration. Dans le même temps, des mesures furent prises pour inciter les travailleurs étrangers à retourner dans leur pays d'origine. La mobilisation des partis de gauche et des associations humanitaires limita l'impact de cette politique du retour en contraignant le gouvernement à reconnaître le droit au regroupement familial (décret de 1976).(*) Juriste et militante associative

[ source : Une histoire populaire de la France - Gérard Noiriel ]

Biographie de Pierre Louki ( 2ème partie) : Les gens étranges

1ère partie de la biographie de Pierre Louki

Débuts discographiques de Pierre Louki

Pierre Louki avait signé chez Vogue en 1958. Dès lors il enregistre pratiquement un 45 tours par an.En 1960, Pierre Louki, encore horloger, vend sa boutique : il ne veut plus s'occuper de de chanson et de théâtre.Mais il a aussi une autre passion : la course à pied. Ce qui lui permet de rencontrer fortuitement Michel Jazzy et Jean Wadoux et de s'entraîner régulièrement les matins avec les stars du demi-fond français :

« Dans les cabarets, j'étais bien vu par les autres artistes : alors que tout le monde se battait pour passer en dernier, moi j'étais volontaire pour passer en premier, pour pouvoir rentrer me coucher et être en forme pour l'entraînement à sept heures. J'ai souvent chanté devant deux ou trois spectateurs… »

Ainsi, en 1962, paraît son premier album 33 tours « L'escarpolette ». En outre, il assure, la même année, la première partie dans la tournée de Georges Brassens.

Les deux chanteurs se lient alors d’amitié et, jusqu’au décès de Brassens, ils restèrent très proches. Seule ombre au tableau dans une amitié de près de vingt : la chanson « Les deux oncles », que Georges Brassens sort en 1964, jette un froid momentané sur leur relation. Pierre Louki, dont le père était mort en déportation, vit en effet très mal la manière dont Brassens renvoie dos à dos résistants et collaborateurs. Louki lui répond alors en chanson, dans « Mes deux voisins ».

Mais chez Vogue, puis Fontana et CBS, on ne mise pas vraiment sur Pierre Louki. Encouragé par Blin, Pierre commence à écrire pour le théâtre, et, insensiblement, les dramatiques deviennent presque son activité principale. France Culture en diffuse une vingtaine. Ainsi, cela lui a permis de vivre au moment de la vague yéyé, où les gens comme lui n'intéressaient plus personne.En outre, il est l'auteur d'une dizaine de livres pour enfants.

La carrière musicale de Pierre Louki

La carrière musicale de Pierre Louki fut sans nul doute plus discrète que celle de son ami. Néanmoins, avec quelque 400 chansons à son actif, il compta parmi les auteurs les plus prolixes de sa génération, et fut interprété par certains des plus grands noms de la chanson, parmi lesquels Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Jean Ferrat, Catherine Sauvage ou encore Francesca Solleville.Dans son livre « Les Funambules de la ritournelle » Patrice Delbourg dira de lui :

Avec ses faux airs de bourgmestre chlorotique égaré, affichant la frimousse d'une musaraigne devant un panneau d'interdiction, il déboule sur scène par inadvertance. Oreilles en goguette, trac en fanal de proue, pupilles comme des boules de flipper. Bras ballants, raide comme la colonne Vendôme, aussi à l'aise que l'abbé Pierre pénétrant dans un commerce de sextoys [sic !]. Un vrai dessin de Bernard Buffet, avec un épi de cheveux planté sur le crâne comme un drapeau noir sur un tas de cailloux. Un Buster Keaton « rive gauche », à la voix funambulesque qui caresse l'absurde à rebrousse-poilade. Constatant le succès posthume d'un Boby Lapointe, il lance aux spectateurs, désabusé, « Dommage que l'on ne puisse mourir de son vivant ! » ».

Chroniqueur discret mais lucide, Pierre Louki chanta aussi bien les faits de société comme le chômage « La rivière est en chômage » que les espérances sociales « De ce mois de mai » et les nouveaux engagements tels que l’écologie « Les sardines ».Dans un bel exercice d'autodérision, il se définit ainsi :

« […] Si j'étais un autre et que celui dont je parle soit moi, je vous dirais :Il aime les arbres, tous les arbres;il n'aime pas les cons, parce qu'on ne peut pas aimer tout le monde;il a une passion pour les ânes parce qu'il aime les chevaux et que l'âne est un cheval qui n'a pas réussi;il croit que, à notre époque, l'humour est une infirmité;il ne sait pas bien ce qu'il veut mais il le veut avec entêtement… »

Si d’aucuns firent souvent allusion au fait que Pierre Louki était demeuré dans l’ombre de Georges Brassens, d’autres eurent un regard plus poétique sur la complémentarité des deux artistes, comme André Tillieu qui déclara : « Brassens c’est l’arbre, Louki, l’oiseau perché dedans. » Dans une préface que Brassens rédigea pour l’un des livres de son ami, en 1976, il affirma d’ailleurs :

« En même temps qu'une amitié solide et sans fioritures, je nourris pour Pierre Louki une admiration qui ne cesse de croître au fil des ans car ce poète qui pourrait céder au succès facile a préféré mener sa barque chargée de chansons tendres et cocasses contre toutes les modes, contre les vents, toutes les marées plus ou moins noires de cette époque. Et nous devons lui savoir gré d'avoir refusé de succomber à cette tentation de bâcler n'importe quoi pour subsister.Artiste rare et scrupuleux qui se remet sans cesse en question, Pierre Louki mérite, à mon avis, une place de choix dans votre discothèque.Bravo ami Pierrot, nous sommes tous de ton côté ».

[ sources : Chorus n° 49 - Les Funambules de la ritournelle de Patrice Delbourg ]

Discographie 1957 / 1976 de Pierre Louki : Les gens étranges

1957 Un 45 tours : Chansons zidiotes (Vogue)1958 Un 45 tours : Le corps de garde (Vogue)1960 Un 33 tours : Les képis (Vogue)1962 Un 33 tours : L'escarpolette (Fontana)1963 Un 45 tours : Les sardines (Fontana)1964 Un 45 tours : Avec Léon, avec Léa (Fontana)1965 Un 33 tours : Les escargots (Fontana)1966 Un 45 tours : Ne m'parlez pas des vacances (Gémini) &          Un 33 tours : Louki pleure - Louki rit (CBS)1967 Un 45 tours : Le permis de conduire (CBS)1968 Un 33 tours : Je cherche un imbécile (CBS)1969 Un 33 tours : Ce sera pour demain (CBS)1971 Un 45 tours : Infâme Averty (CBS) &          Un 33 tours : Chansons clandestines (CBS)1972 Un 33 tours : À Bobino (public) (CBS)1976 Un 33 tours : Le cœur à l'automne (CBS)

Chansons de la 1ère partie : Les gens étranges : Mobile

02:52 Pierre Louki          : Mobile                      : Pierre Louki - Hubert Degex : 197606:36 Christian Dente    : Les gens étranges  : Christian Dente : 197610:11 Jacqueline Pons & Claude Fonfrède     : Dans le Pacifique : Claude Fonfrède : 197613:01 Jacques Mahieux : Pleure petit enfant : Jacques Mahieux : 1976

Pierre Louki - L'escarpolette PIerre Louki - Je cherche un imbécile Pierre Louki - Le coeur à l'automne Yvan Dautin - Dément !… génial, bravo ! Yvan Dautin - Lé fame é les enfan dabor

Biographie d'Yvan Dautin : Les gens étranges

Yvan Autain, alias Yvan Dautin, chantauteur et comédien français, naît en 1945 à Saint-Jean-de-Monts (Vendée).Boursier de l'État, il fait ses études au lycée Clémenceau à Nantes et obtient son bac de profil. Le théâtre l'attire, il se présente au conservatoire en auditeur libre. Voix chaude et canaille, Yvan se la coule douce pendant plusieurs étés.Étudiant, il monte des spectacles amateurs autour de Boris Vian et Jacques Prévert.

Débuts artistiques d'Yvan Dautin

Puis en 1967, il vient à Paris et court le cacheton en s'accompagnant à la guitare et connaît les « joies » de la manche. Yvan Dautin commence sa carrière d'une époustouflante lenteur.Pourtant, il finit par intégrer le Petit Conservatoire de Mireille. Il a dû plaire à cette dernière car elle le recommande à un directeur artistique de chez Philips.C'est ainsi qu'il enregistre un disque d'essai et connaît quelques passages à la télévision.

Mais ce sera chez Pathé Marconi qu'il fera ses débuts discographiques.Ainsi, en octobre 1968, paraît son 1er 45 tours entièrement consacré à Paul Villaz. Sur la face B dans la chanson « La défense du gendarme » on peut entendre :

« … Un gendarme quand c'est grand, c'est méchantÇa vous joue, calepin, entre les dentsC'est peut-être parce que c'est toujours deuxEin ! Zwei !Mais tout seul, ça vaudrait sans doute mieuxAh ! mon dieu quel microbe a bien pu le piquerTout près de la pubertéPour qu'il se fasse… gendarme »

L'année suivante, Yvan Dautin fait paraître un deuxième 45 tours dont il est l'auteur/compositeur, hormis le surréaliste « Le piano homosexuel » écrit par l'humoriste Jean-Paul Sèvres. Désormais, il sera l'auteur de pratiquement toutes ses chansons.Il fait son service militaire cette année-là.

Enfin libéré de la caserne, en 1971, Dautin enregistre en public à la Galerie 55 son premier album 33 tours « Je n'suis pas sorti d'la cuisse à Jupiter ».Puis, il commence à se faire connaître des professionnels du métier en participant à la soirée de clôture du cabaret L'Écluse et à une première partie de la tournée de Julien Clerc.

Patrice Delbourg, déjà cité plus haut, dira de lui :

« C'est avec des petits riens conjugués au présent du vindicatif, des trognons de tendresse, des lambeaux de souvenirs qu'il fait jaillir l'émotion comme l'illusionniste un lapin de son chapeau. Son pays, c'est la vie en habits d'auguste sur des musiques croquignolettes qui donnent envie à grand-maman de danser le rigodon, dans le genre java chaloupée, calypso ou paso doble des familles ».

Mais on perd sa trace en 1972 après la parution d'un troisième 45 tours, toujours chez Pathé Marconi, « L'école est fermée ».

Finalement, Jacques Bedos désormais directeur artistique chez Disc'AZ lui propose d'enregistrer deux beaux albums : « Dément !… génial, bravo ! », en 1975 puis « Lé fame é les enfan dabor » en 1976.

[ source : Je Chante n° 18 - Les Funambules de la ritournelle de Patrice Delbourg ]

Chansons de la 2ème partie : Les gens étranges : La Portugaise

17:47 Yvan Dautin             : La Portugaise : Yvan Dautin - Julien Clerc ; 197620:07 Pierre Chastellain  : Maïlam            : Pierre Chastellain : 197623:18 Pauline Julien         : Tout ou rien   : Bertolt Brecht, adapt. René Dionne - Hanns Eisler : 197626:44 Michel Bühler         : Les Immigrés  : Michel Bühler : 1976

Biographie de Gilles Elbaz : Les gens étranges

Enfance et formation de Gilles Elbaz

Gilles El Baz dit Nouchy, alias Gilles Elbaz, chantauteur français naît à Castres (Tarn) en 1946. Sa mère joue du piano, son père chante avec elle « pour le plaisir ». C'est ainsi que le petit Gilles va adorer la musique mais tout en détestant le solfège.Dès ses neuf ans Gilles commence à chanter dans la chorale de l'église Saint-François de Sales, à Paris. Trois ans plus tard, il attaque la guitare puis progresse grâce à ses copains de lycée.

En 1963, il rencontre des soldats étasuniens « en transit pour le Vietnam » qui lui font découvrir le jazz et le blues, en particulier Charlie Parker et John Coltrane :

« Petit à petit, je me suis mis à écrire des chansons, blues au début. Puis j'ai découvert la musique médiévale, qui a une parenté assez étonnante avec lui, dans le dépouillement, la simplicité et le jeu harmonique. Ça a donné ma première chanson « Tristan » mais ne pensais pas devenir chanteur ».

Gilles Elbaz effectue son service militaire, où sa principale rencontre se nomme Rimbaud. En effet, il a le temps de lire. Libéré, il travaille en famille comme antiquaire et numismate, se passionnant pour l'étude des monnaies. Néanmoins, parallèlement, Gilles a toujours en lui l'envie de chanter.Mais, en 1968, il est atteint d'une grave maladie où il croit y passer. Il décide alors de vivre sa passion pour la chanson.

Débuts de la carrière artistique de Gilles Elbaz

Ainsi, il débute dans une boîte de nuit à Orgeville (Eure) en mars 1969. Puis, il commence à se produire dans les MJC et les cabarets. Alors, il rencontre Jean Vasca qui lui fait découvrir d'autres poètes.En juin 1970, Gilles Elbaz participe à « La Fine Fleur de la chanson française » en compagnie de Jacques Bertin, Anne Vanderlove, Pierre Delorme & Jean-Luc Juvin.Et avec Jacques Bertin, Jean-Max Brua, Jean-Luc Juvin & Jean Vasca il fait partie de la Bande des cinq.Dans la foulée, Gilles Elbaz enregistre son 1er album 33 tous « Les quatre éléments » chez BAM / Alvarès. À noter qu'il y est accompagné par les musiciens du célèbre groupe Magma.

Pour le disque suivant « le miroir de l'arbre », il entame une collaboration (de dix ans) avec le multi-instrumentiste ( flûte, claviers, percussions) Sigfried Kessler :

« Sa rencontre a été déterminante : il m'a amené le jazz. On a monté un numéro qui plaisait beaucoup, parce qu'à la fois très musical et très poétique. J'avais commencé à trouver cet alliage, cette intimité que je cherchais entre les mots et la musique ».

Discographie 1970 / 1976 de Gilles Elbaz

1970 Un 33 tours : Les quatre éléments (BAM / Alvarès)1972 Un 33 tours : Le miroir de l'arbre (avec Siegfried Kessler) (BAM / Alvarès)1974 Un 33 tours : Le vent aux ailes (BAM / Alvarès)1976 Un 33 tours : Les mots sont de la musique (avec Siegfried Kessler) (BAM / Alvarès)

Chansons de la 3ème partie : Les gens étranges : Les aventures de Max

32:24 Bernard Haillant  : Les passes sont étroites : Bernard Haillant : 197635:31 Fabienne Elkoubi : Le nord et le sud              : Fabienne Elkoubi : 197638:22 Gilles Elbaz           : Les aventures de Max     : Gilles Elbaz : 1976

Gilles Elbaz - Le vent aux ailes Gilles Elbaz - Les mots sont de la musique Bernard Dimey - Ivrogne et pourquoi pas Bernard Dimey - Poèmes à bretelles Bernard Dimey - Testament

Biographie de Bernard Dimey (2ème partie) : Les gens étranges

Première partie de la biographie de Bernard Dimey

La liste des interprètes de Bernard Dimey constitue la plus fabuleuse affiche à laquelle un entrepreneur de spectacles de l'époque pouvait rêver. Yves Montand, Charles Aznavour, Serge Reggiani, Henri Salvador, Patachou, Juliette Gréco, Les Frères Jacques furent les premiers à le chanter.En février 1962, Bernard Dimey est à l'Olympia, accompagné par Francis Lai, pour dire son long poème « Le bestiaire de Paris » :

« […] Le peuple de Paris déguste les princessesEn exclusivité dans les journaux du soirIdoles de papier renouvelées sans cesseVotre détresse est douce à nos vieux désespoirs […] »

La même année, Dimey écrit, avec Charles Aznavour, ce qui restera sa chanson la plus emblématique « Syracuse ». Plus qu'un succès : un classique dont les reprises ne se comptent plus.Quelques mois plus tard, il signe le livret d'une comédie musicale « Un métier en or » créée à l'Alhambra. Puis c'est le cinéma qui fait appel à lui pour le scénario et les dialogues du film « Deux heures à tuer ».

Ainsi en 1968, alors que le printemps flambe, Bernard Dimey se produit au Don Camillo, l'une des boîtes les plus select de Paris, en compagnie de Léo Ferré. La même année, il fait paraître « Ivrogne et pourquoi pas » son premier enregistrement sur disque. À la fin de l'année 1969, son deuxième album obtient le prix de l'Académie Charles Cros. En outre, cette année-là il passe en première partie du spectacle de Georges Brassens à Bobino.

Bernard Dimey part à la dérive

Dans le livre « Les Funambules de la ritournelle » Patrice Delbourg écrit :

« Les rapports de Bernard Dimey à l'univers de la ritournelle sont complexes, voire paradoxaux. Il a souvent dit que la pratique du refrain l'avait empêché de devenir le grand écrivain qu'il avait souhaité être dans sa jeunesse.Pour lui, chanson et poésie doivent entretenir les liens les plus étroits, « attendu que la poésie et la chanson sortent du même nuage et qu'une chanson sans poésie, c'est à peu près comme une messe sans curé. […] On met n'importe quels mots sur d'assez bonnes musiques et l'on fait de ces monstruosités des best-sellers, c'est-à-dire des petites niaiseries assez mélodiques qui se vendent bien. Tout le drame vient de là, on oblige le public à ingurgiter des banalités écœurantes, vulgaires et mal fichues… »S'il a la sensation entêtante d'être passé à côté de son destin, c'est pourtant avec les chansons qu'il va connaître le succès. Cette reconnaissance de guingois ne l'exaltera guère. Le voici dans un métier qu'il n'avait pas prévu : faiseur de romances. « Moi, j'étais fait pour écrire à la dure et j'ai poussé la mauvaise porte, celle de la facilité » […] Un homme qui ne triche pas, c'est si rare en ces temps de leurre. « Les perdants eux aussi ont droit à la parole » ».

 

Quelque chose s'est irrémédiablement brisé et Bernard Dimey part à la dérive. Yvette Cathiard qui partage sa vie depuis 1967 dira :

« Bernard marche sur le fil fragile de la clochardise ».

Pratiquement sans domicile fixe, il se fait héberger chez des amis, avant que Pierre Etaix lui loue un appartement. Ses droits d'auteurs sont régulièrement bloqués à la Sacem pour répondre aux exigences de quelques créanciers. Le peu d'argent qui rentre est immédiatement converti en bouffes pantagruéliques, à partager avec les copains :

« Il paraît que je bois, que je bois trop souventJ'aime le Juliénas et le Côte-RôtieLe Chiroubles et l'Brouilly et le Moulin-à-ventCes liquides affreux qui vous gâchent la vie… »

Ainsi, en parallèle à ses thèmes de prédilection que sont l'amour et le quotidien des petites gens, l'essentiel de sa poésie évoque, à présent, les promesses non tenues d'une jeunesse enfuie, l'inlassable combat contre celle qu'il appelle « La Vieille ».Cependant avant que « La Vieille » ne l'emporte, Bernard Dimey connaîtra l'un des derniers grands bonheurs de sa vie, en se découvrant, sur le tard, une fille de 22 ans : Dominique dont il ignorait l'existence.

[ source Chorus n°7 - « Les Funambules de la ritournelle » de Patrice Delbourg ]

Discographie vinyle de Bernard Dimey

1966 Un 33 tours : Les bordels (participation) (Mouloudji)1968 Un 33 tours : Ivrogne et pourquoi pas (Déesse)1969 Un 33 tours : Volume 2 - L'hippopotame (Déesse)1974 Un 33 tours : Le bestiaire de Paris (avec Magali Noël & Mouloudji) (Déesse) &          Un 33 tours : Le petit prince (participation) (Déesse) &           Un 33 tours : Je finirai ma vie à l'Armée du Salut (Déesse)1976 Un 33 tours : Poèmes à bretelles (Déesse)          Un 45 tours : Au Québec (Déesse)1978 Un 33 tours : Testament - Volume 1 (Déesse)1979 Un 33 tours : Testament - Volume 2 (Déesse)

Chansons de la 4ème partie : Les gens étranges : L'homme et la mer

47:40 Bernard Dimey  : L'homme et la mer      : Bernard Dimey : 197449:38 Jean-Luc Juvin   : Interrogation                : Jean-Luc Juvin : 197652:21 Claude Le Roux  : Le mariage insolite de Marie la Bretonne : Luc Romann : 197655:28 Jean-Max Brua   : Soleils noirs                 : Jean-Max Brua : 1976

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