Biographie de Serge Reggiani : Complainte de Victor Jara
Enfance et formation de Serge Reggiani
Sergio Reggiani, alias Serge Reggiani, acteur et interprète français, naît à Reggio d’Émilie (Italie) en 1922. Son père, Ferrucio, coiffeur, est un «rouge», il fait partie de ceux dont le nouveau pouvoir fasciste veut se « débarrasser ». Donc, pendant l’été 1930, Ferrucio s’exile à Yvetot en Normandie. Sa femme Letizia et son fils Sergio le rejoignent en novembre. Le petit Sergio n’a que huit ans et demi :
« D’un seul coup, tu abandonnes ton enfance italienne. Tu es obligé de la reconstruire, souvenir par souvenir, parce que tu es entouré de gens qui parlent une langue inconnue, qui ont des gestes inconnus… »
Mais, quelques mois plus tard, les Reggiani vont s’installer à Paris. Après avoir survécu dans des hôtels minables, ils finissent par ouvrir un salon de coiffure dans le quartier populaire de la Porte-Saint-Denis. Le père s’occupant des hommes, la maman frisant les dames (dont la plupart vendaient leurs charmes sur les trottoirs avoisinants). Au contact de cette clientèle au verbe sonore et déluré, le jeune Serge découvre une vie qui le fascine davantage que celle de l’école. Pourtant, il y est toujours premier en français.
Serge Reggiani découvre la lecture
À treize ans, Serge commence son apprentissage de coiffeur dans le salon familial. Un jour, il a l’occasion de faire une rencontre curieuse :
« Je me souviens d’un type que nous connaissions à Reggio. C’était un résistant qui s’appelait Belvini. Les fascistes l’avaient enfermé sur l’île de Lipari, où l’on bouclait tous les prisonniers politiques, et il s’en était tiré à la nage…
Je l’ai revu à Paris, quelques années plus tard. Il est entré un soir dans le salon de mes parents, avec une grande valise sous le bras. Il l’a posée sur une chaise, nous a regardés, et a dit : » Sans culture, les gens ne peuvent pas se défendre ! »
Personne ne comprenait ce qu’il voulait dire, jusqu’au moment où il a ouvert sa valise. Elle était pleine de livres. C’est tout ce qu’il avait amené avec lui, lorsqu’il avait fui l’Italie. Il m’a alors demandé : « Qu’est-ce que tu veux lire en premier ? » J’ai pioché par hasard et je suis tombé sur «Martin Eden» de Jack London. J’aurais pu tomber plus mal… »
Début de la carrière théâtrale de Serge Reggiani
L’envie d’être comédien le tenaillait depuis un moment. Ainsi, Serge Reggiani trouve, dans un encart publicitaire, l’annonce de l’ouverture prochaine d’un conservatoire des arts cinématographiques. Il s’inscrit alors au concours d’entrée et y est reçu. Au terme de la première année, Serge obtient un premier prix .
Serge Reggiani a juste un peu plus de seize ans et continue à faire de la figuration (au théâtre et au cinéma) pour vivre. En outre, de 1939 à 1941, il prépare le Conservatoire national abordant tous les répertoires avec une égale aisance. Serge sortira du Conservatoire avec deux seconds prix : l’un de tragédie, l’autre de comédie. Dès lors, il ne cesse pratiquement plus de jouer.
Cependant, en 1943, pour échapper au STO mais aussi à l’armée italienne qui le réclame, Serge Reggiani quitte Paris et se réfugie en Haute-Marne, dans une maison appartenant au père d’Yves Allégret. C’est là qu’il fait connaissance de Simone Signoret, sa future partenaire de Casque d’or. Il lui restera toujours lié par une très profonde amitié.
À la Libération, de retour à Paris, Serge Reggiani reprend sa carrière de comédien, avec un succès qui ne cessera de croître au fil des ans.
Ainsi, vingt ans durant, il se saoule de travail jusqu’à ce que vienne la lassitude et qu’il décide de prendre du recul et de quitter Paris.
Début de la carrière d’interprète de Serge Reggiani
Ainsi, en 1963, Serge Reggiani s’installe à Mougins (Alpes -Maritimes) et goûte au plaisir du calme en famille. Cependant, le destin va à nouveau frapper à sa porte. À l’occasion d’une visite chez Simone Signoret, il rencontre Jacques Canetti. Ce dernier a en tête de faire vivre l’œuvre de Boris Vian, mort quatre ans auparavant et dont il dispose d’un stock de chansons inédites. Pour la petite histoire, Canetti avait déjà entendu chanter Reggiani dans une pièce radiophonique en 1962 « L’homme à l’ombrelle blanche« .
Serge Reggiani chante Boris Vian
Quatre titres de Vian sont d’abord retenus, dont le très parodique « Arthur, où t’as mis le corps ». Et au bout de six mois, un album « Chante Boris Vian » est finalement bouclé. Ce dernier, primé par l’Académie Charles Cros, donne à Reggiani le goût de chanter.
En outre, Serge Reggiani fait à nouveau une autre rencontre importante : celle de Barbara dans un spectacle à Caen. Cette dernière demande à Georges Moustaki de venir écouter Serge et d’écrire pour lui.
Les deux hommes se découvrent et apprennent à se connaître. Georges Moustaki constate que :
« Je me sentis capable de me substituer à lui pour écrire ce qu’il ressentait, d’être son Cyrano, son trouve-paroles et dénicheur de notes. […] Taureau impétueux, il se lança dans l’aventure avec une flamme qui me rappelait celle de Piaf. Il a imposé nos chansons envers et contre tous les fabricants d’idoles qui n’en revenaient pas d’être battus sur leur propre terrain. »
De leur collaboration vont naître des joyaux comme : Ma solitude, Sarah, Ma liberté, Votre fille a vingt ans, Madame Nostalgie…
De plus les tubes de Reggiani vont remettre Moustaki dans la lumière et lui permettre de pouvoir réenregistrer à nouveau.
Serge Reggiani, un monument de la chanson
En outre, de son côté, Barbara va faire répéter Serge Reggiani chez elle, avec son propre pianiste. De plus, elle lui apprend à se tenir derrière un micro et à respirer correctement ( c’est à dire avec le ventre comme un chanteur, et non plus avec la poitrine comme un acteur). Pour l’aguerrir, Barbara l’emmène en tournée, en première partie de son spectacle. Le pari est gagné, le public est acquis à la cause de ce débutant de presque quarante-cinq ans.
En 1967 son deuxième album de chansons « N°2 – Bobino » rencontre un succès phénoménal. Les ventes s’envolent en quelques semaines et Reggiani se retrouve dans les juke-boxes, à côté des Moody Blues, Beatles et des yéyés à la mode.
De plus, il remporte un énorme succès sur la scène de Bobino, des attroupements se forment chaque soir devant le théâtre.
Les disques, les spectacles s’enchaînent. Parallèlement Reggiani continue à tourner dans des films, deux par an, au plus. Et ce sont toujours d’assez jolis succès. Serge Reggiani finit par faire figure de monument de la chanson.
1973 & 1974 : 3 albums consacrés à la poésie
Mais en 1973, après sept albums consacrés à la chanson, Serge Reggiani se ménage une pause dans sa production de chanteur. Cette année-là il enregistre un disque de textes de poésie consacré à Victor Hugo, Charles Baudelaire, Guillaume Apollinaire…
Puis, l’année suivante, il réitère la même expérience avec un double album entièrement consacré à Jacques Prévert où l’on peut écouter ce chef-d’œuvre d’anthologie qu’est « La crosse en l’air ».
[ sources : Paroles et musique n° 43 – Chorus n° 25 – Je Chante ! n° 9/10 ]
Discographie « Chansons » 1964 / 1974 de Serge Reggiani
- 1964 Un album 33 tours : Chante Boris Vian (Canetti)
- 1967 Un album 33 tours : Album n°2 – Bobino (Canetti)
- 1968 Un album 33 tours : Et puis + un supplément 17cm 2 titres inclus dans la pochette (Polydor)
- 1969 Un 45 tours : France lune (Polydor)
- 1970 Un album 33 tours : Je voudrais pas crever (Polydor)
- 1971 Un album 33 tours : Rupture (Polydor)
1972 Un album 33 tours : Le vieux couple (Polydor)
- 1973 Un album 33 tours : Bon à tirer &
Un album 33 tours : Poètes 1 (texte) (Polydor)
- 1974 Un double album 33 tours : Poètes 2 et 3 (texte) (Polydor)
Chansons de la 3ème partie : Complainte de Victor Jara : L’effort humain
33:43 Serge Reggiani : L’effort humain : Jacques Prévert, Jeanne Perret – Dimitri Chostakovitch, Jean Musy : 1974
37:49 Marc Ogeret : Un jour, un jour : Louis Aragon – Jean Ferrat : 1974
41:48 Pia Colombo : Il était une fois dans l’est : Maurice Fanon – Gérard Jouannest : 1974